Message de Mr Marcel MARLIER
 


"En 1954 les éditions Casterman me demandent d'illustrer un texte de Monsieur Gilbert Delahaye, texte parlant d'une petite fille en visite à la ferme.

 Très bien, je me lance. Question décor : villages et fermes de mon enfance me sont un monde familier. Pour les animaux : merci à mes professeurs de St-Luc qui m'ont si souvent fait croquer poils et plumes, chevaux dans les labours, vaches en pâtures et puis la basse-cour avec poules, canards et oies aux belles ailes. Maintenant dans ce décor une petite fille qui se prénommera ? Qui se prénommera : Martine. En étalant mes gouaches, pour que naisse le visage et le regard de l'enfant, j'étais loin d'imaginer son destin désormais si mêlé au mien.

Cette petite fille vit de ma vie depuis 50 ans déjà. Drôle, je peux vous assurer que ni Gilbert ni moi n'avons un jour décidé consciemment de la faire évoluer pour toujours dans cet univers bien à elle fait d'optimisme, de bonne volonté et d'émerveillement. Cela s'est imposé, elle a décidé seule et c'est bien ainsi. Merci aux milliers de témoignages venus de trois générations pour qui Martine a été et est une amie, merci à cette dame qui résume en disant : «J'ai eu une enfance vraiment moche mais Martine était pour moi un ballon d'oxygène. J'ai très tôt décidé de tout faire pour qu'un jour mes propres enfants puissent avoir, comme Martine, un jardin avec des fleurs, comme Martine un espace de bonheur...» Cinquante ans déjà de semblable complicité entre la fillette et les petits lecteurs.

Alors pensez, aux tristes sires qui salissent tout, à ceux qui écrivent des thèses pour dire qu'ils auraient préféré la voir se dépatouiller dans ce qu'ils nomment les réalités de notre monde... à ceux-là Martine ne dira bien entendu jamais le gros mot de cinq lettres, mais regardez-la bien... derrière ses grands yeux rieurs je crois bien qu'elle le pense."

Marcel MARLIER